Le Bulletin bimensuel n°11 : La CRE et le prix de l’électricité sur les marchés de gros
La CRE a la mission de surveiller que les prix de gros de l’électricité sont cohérents avec les conditions physiques et économiques de l’offre et de la demande d’électricité (cf. son Rapport annuel sur le fonctionnement des marchés de gros français de l’énergie publié début novembre). Les prix de l’électricité sur les marchés de gros sont très volatils au cours d’une même journée, en particulier parce que l’électricité ne peut pas être stockée. Des pics de prix peuvent apparaître de façon ponctuelle et refléter des problèmes d’infrastructures ou de concurrence : ils sont donc analysés soigneusement par le régulateur. La CRE vérifie en particulier l’absence d’exercice d’un pouvoir de marché par lequel un acteur abuserait de sa situation pour obtenir des prix anormaux notamment au regard de ses coûts.
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Contexte technique et institutionnel
Le prix spot de l’électricité sur le marché de gros est lié au niveau de la demande et au degré de tension entre l’offre et la demande à un instant donné :
- Le niveau de la demande d’électricité détermine le nombre et les caractéristiques des sites de production en fonctionnement, donc le coût marginal de production de l’électricité :
- La demande d’électricité est très volatile au cours d’une même journée : sur une journée moyenne en 2010, la consommation maximale était supérieure d’environ 30% à la consommation minimale.
- Une partie de cette demande est couverte par la production d’unités qui fonctionnent en plus ou moins en permanence, dont les coûts variables sont relativement faibles et les coûts fixes relativement importants (e.g., centrales nucléaires) : on parle alors de moyens de production « de base ».
- Le reste de la demande d’électricité, qui est très variable au cours d’une journée, est couvert par la production d’unités qui ne fonctionnent pas en permanence (barrages hydroélectriques) et/ou qui utilisent des technologies de production de l’électricité dont les coûts variables sont relativement élevés mais des coûts fixes relativement faibles (e.g., centrales électriques au gaz ou au charbon ou au fioul) : on parle alors de moyens de production « de pointe ».
- Le coût marginal est défini comme le coût de production de la dernière unité entrée en fonctionnement. Par construction, il correspond souvent à un producteur de pointe, dont les coûts variables sont le plus souvent relativement élevés.
- Au total, plus la demande est élevée, plus des unités dont coût marginal de production est élevé entrent en fonctionnement, plus le prix de l’électricité est élevé.
- Du fait notamment des variations de la demande d’électricité (qui ne se stocke pas), le prix horaire maximal de l’électricité sur une journée moyenne en 2010 est en moyenne le double du prix horaire minimal. En cas de tension, cette amplitude peut être nettement plus importante.
- Le degré de tension entre l’offre et la demande constitue un facteur supplémentaire de renchérissement du prix de l’électricité sur les marchés de gros :
- Au niveau macroéconomique, pour un parc de production donné, une reprise économique stimule la demande d’électricité et tend aussi à soutenir le prix des combustibles, en particulier fossiles, qui sont un déterminant des coûts marginaux de production d’électricité.
- Au niveau microéconomique, un pic temporaire de consommation au cours d’une journée, par exemple en cas de temps très froid en hiver, accentue la tension entre offre et demande, surtout si les lignes électriques de liaison avec les autres pays (les « interconnexions ») sont proches de la saturation. Dans des cas très rares, la consommation peut alors ne pas être honorée et des délestages partiels et localisés peuvent devenir nécessaires.
- Un pic de prix de gros de l’électricité constitue un symptôme que la CRE surveille de près car il peut refléter :
- un niveau insuffisant de capacités de production et/ou de transport - et en conséquence un besoin d’investissements supplémentaires en infrastructures ;
- l’exercice d’un pouvoir de marché par un acteur – qui nuit au bon fonctionnement du marché et notamment de la concurrence entre fournisseurs d’électricité.
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Tendances récentes
La CRE a publié le 2 novembre 2011 son rapport annuel sur le fonctionnement des marchés de gros de l’énergie (électricité, gaz et quotas de CO2) :
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En 2010, le prix spot de l’électricité en base sur les marchés de gros a augmenté de 10,4% en moyenne par rapport à 2009, pour atteindre 47,5 €/MWh. Aux heures de pointe (entre 8h et 20h), le prix moyen a augmenté de 1,3%, à 59,0 €/MWh.
Ces hausses reflètent pour l’essentiel le redémarrage de la consommation consécutif au redressement de l’activité économique mais aussi des conditions climatiques rigoureuses en 2010.
- Les pics de prix de l’électricité ont été contenus en 2010 :
- Le 12 mars 2010, le prix spot horaire sur la 9ème heure a atteint 240,7 €/MWh vs un prix de base de 79,4 €/MWh ce même jour. Ce pic de prix est lié à une consommation élevée consécutive à des températures très basses pour la saison et à une faible disponibilité des sites de production notamment thermiques.
- En octobre 2010, quelques pics de prix d’amplitude modérée sont survenus sur quelques journées, pouvant atteindre jusqu’à 212 €/MWh, en lien avec des tensions sur le système électrique consécutives à des grèves et un niveau de consommation élevé.
- Le 2 décembre 2010, le prix de l’électricité à la 18ème heure a atteint 252 €/MWh, le cours le plus haut de l’année. Aux heures 17 et 19, les prix n’étaient « que » de 115 €/MWh et 106 €/MWh.
- L’écart entre les prix de marché de l’électricité et les coûts marginaux de production d’EDF, opérateur dominant sur le marché, est resté limité à 3,2% en 2010. La CRE considère que, sur cette année, l’écart constaté est à des niveaux qui ne constituent pas un abus de position dominante.
- Alors que les prix à terme (Annuel – Y+1 base) de l’électricité en France étaient traditionnellement légèrement supérieurs à ceux sur le marché de gros allemand (*), le moratoire sur le nucléaire allemand a rendu les prix spot de l’électricité en France inférieurs aux prix allemands de 1,8 €/MWh en moyenne sur le premier semestre 2011, avec un écart qui a pu dépasser les 10 €/MWh sur certaines semaines. En 2010, le prix spot français était en revanche plus élevé en moyenne de 3 €/MWh que le prix spot allemand.
(*) Cet écart reflétait notamment certaines caractéristiques de la demande et de l’offre française d’électricité. En effet, la demande française est plus volatile qu’en Allemagne (en lien avec l’utilisation plus répandue du chauffage électrique) et elle est couverte par une offre en moyenne moins volatile (en lien avec l’importance du recours aux centrales nucléaires).
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